Notre partenariat avec la Compagnie l’Eygurande d’Evry

mercredi 3 décembre 2008
par Michel, Jean Louis Mercuzot
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LE THÉÂTRE DU COIN et LA CIE L'EYGURANDE

L’art n’est pas en dehors du monde. Sa force tient à sa capacité à exprimer ce monde en le symbolisant. La séparation de nos vies en problématiques sociales et artistiques mène aujourd’hui à une impasse. Le renouveau des arts vivants passe par un retour des pratiques artistiques vers les communautés qui les suscitent et les appellent.

Il s’agit d’embrasser dans tous ces aspects un phénomène qui ne cesse jamais d’être relié à nos existences et de prendre en compte le lien entre l’identité culturelle et la fonction symbolique de l’art au sein de la communauté.

Notre regard change d’axe, notre point de vue subit une transformation complète.

Il s’agit d’art.

« L’art », disait Dubuffet, « ne naît jamais dans les lits qu’on lui prépare ». Il naît du frottement de la nécessité vitale d’une communauté, de son besoin de sens, avec une forme artistique qui n’a pas vocation à se figer dans sa tradition, mais à se renouveler au contact de la vie.

Lorsque l’art appartient à une élite, lorsqu’il évolue dans un cercle restreint de spécialistes nourris de références coupées de leurs sources contemporaines ; il se stérilise lui-même. Il cesse alors d’être ce langage utilisé par la communauté humaine pour se dire à elle-même ce que les mots seuls sont impuissants à dire, et devient objet de consommation et de distinction.

Le fossé entre ce que l’on range du côté de l’Art et ce que l’on considère comme un pansement appliqué sur les blessures sociales, nous plonge dans un grave malentendu : selon cette conception, l’art véritable ne saurait être le fait que d’individus élus et l’action culturelle ne saurait, quant à elle, s’élever au rang de création.

L’instant de la représentation (pour le théâtre) n’est que l’un des maillons de la chaîne : ce qui fait le plus défaut à la création contemporaine, c’est la conscience de cet aller-retour entre source et réception. Pour que les formes nouvelles aient une chance d’apparaître et d’appartenir à l’ensemble de la communauté, il faut leur permettre d’exister dans un territoire commun, dans un champ que chacun puisse appréhender. Non seulement, en se connectant au réel, l’art ne perd pas sa noblesse, mais c’est le mouvement même de sa régénération. Comment, autrement, les formes se renouvelleraient-elles ?

Il s’agit de politique.

Le système quasi-féodal hérité de notre histoire, qui perdure sous la démocratie, finit par engendrer une classe culturelle privilégiée qui impose un fonctionnement incompatible avec la force que nos idées doivent prendre pour agir sur la réalité.

Nous œuvrons au “Théâtre du coin des Mondes” et sur la ville dans des lieux où la culture trouve laborieusement sa place, et nous voulons apporter des réponses à ces besoins les plus forts.

Au sein de la “Cie l’Eygurande”, notre art est vécu comme ce qu’il est essentiellement : une matrice de signes partagés, un irremplaçable outil d’ouverture au monde. C’est ainsi qu’il peut inventer de nouvelles formes et réponses esthétiques. Voilà pourquoi, par un geste emblématique qui perturbe l’ordre des valeurs établies, l’action culturelle et artistique est hautement légitimée.

Nous voulons aujourd’hui dans la ville d’Évry être le ferment cette politique culturelle.

Car, la culture, telle que nous l’entendons, c’est un combat permanent pour ne laisser personne sur le bas-côté dans le processus de circulation des idées et des œuvres. En rompant avec le mépris dans lequel ont été tenues les expériences et les équipes qui relient un territoire, nous affirmons le sens.

Et rien n’est plus authentiquement politique.

Il s’agit d’appréhender la création dans toute sa dimension, sociétale et artistique.

L’efficacité politique de l’art, c’est son efficacité artistique.

Il s’agit de culture

Ce combat sémantique requiert de poser des questions essentielles ; voilà notre projet artistique.

Comment l’identité culturelle se construit-elle et prend-elle sens dans l’esprit de chacun ? Qu’est-ce, de nos jours, qu’être Français ? Ne s’agit-il pas avant tout de l’appartenance à l’univers culturel qui donna naissance à la pensée d’un Rabelais, d’un Montaigne, d’un Molière, d’un Diderot, d’un Hugo, d’un Michelet, mais aussi d’un Aimé Césaire ou d’un Beckett ? Ces références sont-elles équitablement partagées et partageables par tous les membres de notre communauté nationale ?

L’art n’est-il pas le lieu central où les éléments qui composent cette communauté se rencontrent et échangent ?

Jean-Louis MERCUZOT
Le 10 Novembre 2008

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