Jacques Prévert entre dans les écoles d’Evry

Ce lundi 25 janvier 2010, j’ai assisté au spectacle-rencontre donné par la Compagnie l’Eygurande et des classes de CE2/CM2 de collèges d’Evry au Théâtre des Coins du Monde.
Je rappelle que cette Compagnie, sous l’impulsion de Jean-Louis Mercuzot et Isabella Keiser, accueillie en résidence par la Municipalité d’Evry, s’est volontairement installée place Victor Hugo, à proximité des populations qu’elle désirait associer à ses initiatives culturelles.
C’est parce que notre association partage des préoccupations similaires que nous avons engagé un partenariat actif avec l’Eygurande.
A ce titre, je me dois de faire connaître ce que j’ai entendu et vu et mérite d’être raconté.
Ce jour-là, je pouvais voir l’aboutissement d’une contribution vivante à la scolarité des enfants des quartiers d’Evry.
Il y avait eu d’abord des rencontres dans les classes entre un comédien et les élèves :
Présentation de Prévert, d’un choix de poèmes.
Préparation d’une représentation-échange entre des comédiens et les élèves.
Choix par la classe d’un texte de Prévert à mettre en scène, répétitions avec l’aide d’un comédien
Pour aboutir au Théâtre du Coin des Mondes à la présentation de poèmes par les comédiens, puis, au rythme de deux classes par spectacle par les élèves, du texte choisi par eux.
A 10 heures, le bruit sur la place annonçait l’arrivée des enfants.
J’ai pu alors remarquer les mérites de l’expérience acquise par les membres de la Compagnie vis à vis de ces publics, car il n’est pas évident, pour des enfants, de passer sans transition d’une atmosphère de sortie à celle d’une salle de spectacle.
Parce qu’elle avait conduit leur préparation, Myriam les attendait à l’entrée du Théâtre. Deux classes participaient à chaque représentation. Puis, avec Philippe, et une fois le calme revenu, le groupe entrait dans la salle d’accueil et y déposait en ordre les manteaux, bonnets.
A l’entrée de la salle, Philippe formait les groupes par rangée (par exemple huit enfants par rang) en veillant bien à forcer les mélanges, notamment entre filles et garçons, et passait la main à Jérôme le régisseur pour le placement que Jérôme opérait rang par rang. Tout cela calmement sans aucune brusquerie, l’un ou l’autre expliquant à l’occasion que le théâtre n’est pas une cour de récréation.
C’est ensuite devant une assistance calmée que le spectacle pouvait commencer sans tarder.
Il est émouvant de constater l’attention d’un jeune public dès lors qu’il a été aidé à se mettre en condition d’écoute, de sentir un murmure, une vibration de surprise lorsqu’entrent Isabella, accompagnée de Gladstone le pianiste qui interprètent ces poèmes que les enfants reconnaissent au passage. Des mouvements de lèvres accompagnent les artistes.
Formidable aussi, dans ce petit espace théâtral, de voir les comédiens de si près et de les côtoyer dans cette sorte de familiarité. Cette proximité, cette présence en "gros plan" faciliteront les échanges en fin de spectacle.
Puis c’est au tour des enfants de donner leur représentation.
Le public applaudit. Les élèves ont franchi la rampe avec succès et se trouvent promus au rang d’interprètes.
Alors les échanges peuvent commencer.
Madame, comment vous faites pour apprendre tous ces textes ?
Madame, j’ai vu que vous leviez les yeux ; il n’y a pas le texte qui défile quelque part ?
Monsieur, qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer de la musique ?
Madame, comment devient-on artiste ? Ça s’apprend ?
Monsieur, qu’est-ce qui est écrit sur le livre devant vous ?
Madame, avec vous des fois on éteint la lumière. Pourquoi on ne l’a pas fait pour nous ?
Monsieur, pouvez-vous nous jouer encore de la musique ?
Et puisque cette demande avait été rappelée à la fin des échanges, Gladstone avait alors décidé d’improviser une musique pour le groupe d’élèves.
Une musique improvisée pour eux !
J’ai rarement assisté à une telle capacité d’écoute d’enfants de cet âge.

